QBE se retire de l’assurance construction : ce que cela change pour votre RC décennale
QBE France quitte le marché de la construction et de la RC décennale. Artisans, entreprises du bâtiment et bureaux d’études : voici ce qui se passe, pourquoi, et comment sécuriser votre garantie dès maintenant.
Le retrait de QBE du marché français de l’assurance construction n’est pas une rumeur de plus : c’est un mouvement de fond qui va peser sur le placement de la responsabilité civile décennale dans les prochains mois. Pour les artisans, les entreprises du bâtiment et les bureaux d’études, l’enjeu est concret : ne pas se retrouver sans garantie au pire moment.
Voici une lecture factuelle de la situation et, surtout, ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui.
Ce qui se passe
QBE a engagé un désengagement progressif du risque construction. Le mouvement a d’abord touché le bas de segment — typiquement les artisans dont le chiffre d’affaires est inférieur à 500 000 € — par un arrêt des souscriptions (plus de nouvelles affaires). L’étape suivante est un retrait du segment construction, annoncé pour 2026, sous l’effet conjugué d’une sinistralité défavorable et d’exigences réglementaires accrues.
Concrètement, un assureur qui « ferme la souscription » cesse d’accepter de nouveaux clients ; un assureur qui « se retire » cesse aussi, à terme, de renouveler les contrats existants. C’est cette seconde étape qui inquiète : les entreprises assurées chez QBE devront retrouver un porteur de risque pour leur décennale.
Pourquoi ce retrait
Le marché de la décennale est structurellement tendu depuis plusieurs années. Plusieurs facteurs se conjuguent :
- une sinistralité défavorable : la décennale couvre des dommages qui peuvent apparaître jusqu’à dix ans après la réception, ce qui rend le risque long à provisionner et coûteux quand les sinistres se matérialisent ;
- des exigences réglementaires et prudentielles accrues, qui pèsent sur la rentabilité des assureurs présents sur ce segment ;
- un resserrement de l’offre : plusieurs acteurs ont déjà réduit la voilure, ce qui concentre le risque sur un nombre d’assureurs plus restreint.
Quand un acteur comme QBE se retire, la capacité disponible sur le marché diminue. Mécaniquement, les assureurs restants deviennent plus sélectifs : sur les activités déclarées, sur la sinistralité passée, sur la qualité des pièces du dossier.
Qui est concerné
Trois profils doivent être particulièrement attentifs :
- Les artisans et TPE du bâtiment déjà assurés chez QBE, surtout sur le bas de segment où la souscription est déjà fermée.
- Les entreprises du BTP dont l’échéance de décennale approche : le replacement prend du temps, et le marché ne s’improvise pas la veille.
- Les bureaux d’études et la maîtrise d’œuvre, dont la responsabilité décennale est souvent moins bien comprise mais tout aussi engageante.
Si votre attestation porte la mention QBE, ou si vous ne savez pas qui porte réellement votre risque, c’est le moment de vérifier.
Que faire concrètement, maintenant
La pire décision serait l’immobilisme. Voici une marche à suivre raisonnable :
- Identifiez votre porteur de risque actuel. Le nom sur l’attestation n’est pas toujours celui de l’assureur ; vérifiez la compagnie qui porte la décennale.
- Repérez votre date d’échéance et la date de préavis de résiliation. Sur la décennale, mieux vaut préparer le terrain plusieurs mois à l’avance.
- Ne restez jamais sans garantie. Une décennale obligatoire non couverte, c’est une exposition personnelle majeure et, sur les marchés publics ou les chantiers exigeants, l’impossibilité de travailler.
- Constituez un dossier solide : activités réellement exercées, chiffre d’affaires par activité, sinistralité, qualifications. Un dossier propre se place mieux et plus vite.
- Faites appel à un courtier pour le replacement : c’est son métier d’aller chercher la capacité là où elle existe encore, et de calibrer les garanties sur votre activité réelle.
Comment Kern Assurances accompagne
Le courtage prend tout son sens dans un marché qui se resserre. Notre rôle :
- analyser votre exposition (activités, sous-traitance, marchés visés) ;
- interroger le marché des assureurs encore présents sur la décennale ;
- construire un placement cohérent et sans trou de garantie, en lien avec vos autres contrats (RC pro, tous risques chantier, dommages-ouvrage) ;
- anticiper les renouvellements pour éviter les ruptures de couverture.
Pour aller plus loin sur le sujet, voir notre page dédiée à l’assurance construction et la RC décennale.
Cette analyse fait écho au post LinkedIn de Loïc Toth, « QBE : mardi noir pour l’assurance construction ». Lire le post sur LinkedIn.
Questions fréquentes
Mon contrat décennale est chez QBE : suis-je encore couvert ?
Tant que votre contrat est en cours et vos cotisations à jour, votre garantie produit ses effets selon ses conditions. Le risque porte sur le renouvellement à venir : il faut préparer un replacement avant l’échéance pour éviter toute rupture de couverture.
La RC décennale est-elle vraiment obligatoire ?
Oui. Les articles 1792 et suivants du Code civil instaurent la responsabilité décennale des constructeurs, et l’assurance correspondante est obligatoire pour les intervenants concernés. Exercer sans garantie expose à des sanctions et à une responsabilité personnelle lourde.
Combien de temps faut-il pour replacer une décennale ?
Cela dépend de l’activité, de la sinistralité et de la qualité du dossier. Dans un marché tendu, il est prudent de s’y prendre plusieurs mois avant l’échéance, le temps d’interroger les assureurs et de réunir les pièces.
Les bureaux d’études sont-ils concernés ?
Oui. La maîtrise d’œuvre et les bureaux d’études engagent leur responsabilité décennale sur leurs missions de conception et de suivi. Le resserrement du marché les concerne au même titre que les entreprises de travaux.
Que peut faire un courtier que je ne peux pas faire seul ?
Un courtier spécialisé connaît les assureurs encore présents sur la décennale, leurs activités acceptées et leurs exclusions. Il met votre dossier en valeur, interroge plusieurs porteurs de risque et calibre les garanties sur votre activité réelle — ce qu’une démarche isolée fait rarement aussi efficacement.